PORTRAIT – Marie Couperie Eiffel : l’équitation en héritage


Bonjour Marie,
Merci de te prêter au jeu de l’interview !

Pour commencer, pourrais-tu nous raconter brièvement l’histoire de ta famille ? Gustave Eiffel, les débuts de l’élevage familiale…

C’est une longue histoire de tradition, de surprises et de logique sans doute 

Gustave Eiffel est né en 1832 à Dijon. Plus tard après avoir réussi dans ses affaires, il achète une magnifique propriété à Bordeaux en 1893, le château Vacquey près de Chateau Bacon. Vacquey appartenait aux parents de ma grand-mère Florence Couperie. Un jour mon grand père Emeric Couperie qui était un homme de cheval averti, rencontre sur la propriété Eiffel voisine ma grand-mère qui y séjournait. 

On est en 1947…

Il lui dit dès le premier jour « je t’épouserai » me racontait ma grand-mère. Ils se marient fin 1947 et viennent habiter à Château Bacon, une grande propriété aussi,  gérée par les 3 frères Couperie: Emeric, Stephen et Aurélien, avec de la vigne, des cultures céréalières et maraîchères et des chevaux . 

Ma grand mère Florence héritière parisienne a vécu là dès son mariage et sa vie durant avec son mari. Elle y travaillait la terre avec des chevaux : sa passion.

Le dimanche ils allaient en concours: Deauville, Pau, Fontainebleau, La Baule, Luchon, Le Touquet, Vichy ou plus près dans d’autres concours régionaux comme Merignac, Marmande, Toulouse, Saint Simon de Pellouaille, Nerac… et bien d’autres. 

Philippe, Laurie, Jacques, Edouard, et Virginie ont participé à la renommée de Château Bacon

Toutes et tous ont été mis à cheval par mon grand-père Emeric aussi fondateur et président jusqu’à sa mort du Jumping International Coupe du monde de Bordeaux qu’il fonde en 1974…

Alain de la Cour devenu après célèbre entraîneur de chevaux de courses est aussi élevé jusqu’en 1972 dans cette fratrie élargie…

Château Bacon, comme on l’a vu ce sont mes grands-parents qui s’en occupent dès fin 1940. Très tôt ils font appels à leurs enfants et le premier est mon père à qui on demande en 1965 de présenter deux chevaux de l’élevage de Bacon au Concours International de Pau. À 14 ans habillé de la culotte et de la veste de son père, sur Péray et Nitrate, il gagne l’épreuve « juniors internationale » avant le Grand Prix.  La préparation habile des aînés n’est pas étrangère à ce résultat, seul double sans faute et le plus rapide au barrage,  il reçoit la récompense en même temps que  Pierre Jonquéres d’Oriola gagnant du Grand Prix ! 

Un joli souvenir.

Aujourd’hui depuis le décès de ma grand-mère en 2016 c’est Virginie qui gère l’élevage légué par mon grand-père, ma grand-mère et mon père. 

On retrouve de nombreuses anciennes origines et descendants de chevaux. Un exemple Venus F., Laurie gagnait à Pompadour en 1974 le Grand Prix devant d’Oriola s’il vous plait, tandis que mon père avait l’année précédente été classé avec la même jument à la Porte de Versailles dans le Grand Prix international de Paris dans lequel il est sans faute. Sa descendance a laissé Noah de Bacon, Sam de Bacon , Énergie de Bacon, Miel ou d’autres bons chevaux… 

C’est une histoire de famille dans laquelle je m’inscris et qui perdure avec Edouard, cavalier de l’équipe de France et aujourd’hui entraîneur de l’équipe de France de saut d’obstacle, et de Virginie, aussi championne de France des cavalières et Présidente du Paris Eiffel Jumping ainsi que de Jacques, homme de cheval reconnu et de ma cousine Charlotte, très bonne cavalière, tout comme Baptiste installé à Barbizon et grand professionnel aussi. 

Comment as-tu commencé à monter à cheval et comment as-tu évolué ?

Les débuts ont été assez simples.

J’avais une toute petite ponette, Indienne, que m’avait acheté mon père en 1989 et dès l’âge de 3/4 ans je montais et descendais, puis j’ai installé près du château des branches cassées que je transformais en obstacles. Et je montais, descendais, trottais puis galopais… Après j’ai eu Artiste que m’a offert ma grand-mère, un beau poney plein de qualité et de sang. C’est mon père qui souvent le détendait car il était très coquin et je montais et je gagnais… Nous partions tous les weekend aux aurores en camion avec ma sœur accompagnées des élèves de mon père en concours et de 1994 à 2005, ma grand-mère nous accompagnait, surtout au Village Cheval Pierre Durand à Lacanau pour les challenges… Les concurrents ne m’aimaient pas beaucoup ! J’ai remporté le challenge dans toutes les catégories je crois au moins dix fois… Ma sœur Philippine s’est aussi classée avec Grimm… Elle montait très bien mais un jour à une remise des prix elle s’est cassé le bras, mauvaise cassure… alors elle a arrêté mais m’a toujours soutenu.

Après, j’ai fait les championnats juniors puis quelques juniors internationaux et puis j’ai été championne d’Aquitaine avec Marquis de Curzay. C’était un bon souvenir, seule à avoir fait 3 parcours sans faute… 

Enfin avec les autres chevaux, Power de Puychety (doublure de Jappeloup dans le film de Guillaume Canet), puis BNL, puis Noah (descendante de Venus) et d’autres j’ai fait beaucoup de concours dans le circuit Global Champions Tour : Londres, Rome, Valkenward, Chantilly etc.. et naturellement le Paris Eiffel Jumping ou je passe 1m80 dans les 6 barres juste après Pius Schwitzer. Un grand souvenir aussi !

Qu’en est-il aujourd’hui de ta carrière sportive ? 

Aujourd’hui je continue de travailler les chevaux de notre écurie. Un ami m’a confié certains de ses chevaux suite à son manque de temps pour continuer à monter. Il a mis aussi à Bacon ses juments à la reproduction et je m’occupe également pour lui de cette partie. Notre cavalière Laura Rayjasse m’accompagne dans certains concours, car mon père est occupé maintenant avec d’autres affaires. Virginie et lui continuent de me donner de précieux conseils sur le plat et le travail des chevaux en liberté, spécialité familiale. Sans doute l’héritage de mes grands-parents… c’est très impressionnant de voir la complicité qu’on obtient en douceur sur les chevaux de sport…

Pour ma part je fais à ma façon et j’aime beaucoup travailler sur le plat et sur de petits sauts style hunter, avec de beaux chevaux bien toilettés. Je suis très manique du détail ! 

Extension, étirements , épaules autour des hanches, épaules en dedans, galop a faux, bonne attitude, souplesse et action font partie majeure de ma façon de faire,  le cheval se livre alors assez naturellement… en parfait équilibre,  c’est aussi ce que m’a enseigné Alberto Zorzi, grand cavalier avec qui j’ai passé de très beaux moments autour de ce travail du cheval de sport. 

Je continue dans cette voie ma carrière sportive en sortant en concours de temps en temps quand mon cheval est prêt. Je suis très perfectionniste.

Es-tu impliquée dans l’organisation du Paris Eiffel Jumping qui se déroule chaque année au pied de la Tour Eiffel ?

Au début oui, j’étais beaucoup impliqué. Puis un peu moins ces deux dernières années depuis que j’ai ouvert mon restaurant ALEGRIA à Bordeaux. 

Que préfères-tu dans l’univers du cheval, l’aspect élevage ou l’aspect sportif ? 

Comme je l’ai expliqué au sujet de la question sur ma carrière sportive, je ne sors en concours que lorsque mon cheval est capable de donner une prestation qui pourra être la meilleure possible. Ce qui m’intéresse c’est l’effet d’ensemble, le mouvement, la décontraction, la souplesse, et la précision vient alors plus facilement , surtout avec un cheval bien préparé et dans les jambes. 

J’aime l’aspect sportif cela me passionne, voir les grands cavaliers exprimer tout leur talent sur un parcours à 1m60 m’impressionne et ne me lasse jamais. La répétition du mouvement, la compétition et tous ce que ces chevaux et cavaliers d’exception réalisent lors d’un parcours ! En les regardant monter, je retrouve également tout ce qu’on m’a appris…

Alberto m’a beaucoup conforté dans le sens où mes aînés m’ont éduqué. Mon père et ma tante notamment qui s’entendent très bien sur le travail et la préparation des chevaux. 

Il y a une école, celle de la rigueur naturellement, mais la rigueur d’une préparation douce. 

Quand je relis les articles qui parlaient de mes aînés ( mon grand-père Emeric ou de son cousin Michel Pelissier) on retrouve les bons mots, je relis dans l’information hippique de 1975 :  mon grand-père Emeric dit « La mise en confiance est très importante, ensuite vient le travail en liberté aux 3 allures, le cheval doit finir par s’arrêter ou repartir à volonté, cette méthode permet de préparer le cheval sans le briser moralement ni l’user physiquement. … plus tard on mets le cheval en équilibre et dans les jambes par des rênes isolées, cela donne des chevaux qui viennent naturellement sur la main et qui acquièrent une très bonne musculation dorsale…» Ces mots de mon grand-père sont encore plein de sens pour moi, ma famille ne m’a enseigné que cela dès mon plus jeune âge. 

Tu as récemment ouvert un bar à Bordeaux, « Alegria », comment t’es venu ce projet ? 

Oui un bon restaurant j’espère sur la belle place de la Mairie face à la Cathédrale Saint André rénovée. Il y a une très belle vue et ma sœur Philippine et moi avons la chance d’avoir une terrasse au soleil face à l’édifice. C’est magnifique. Ma sœur a fait l’école hôtelière et a travaillé quelques années au café de l’Homme au Trocadéro à Paris que gère ma tante Coco.  Alors tout naturellement nous avons eu l’idée de nous lancer toutes les deux . Ce n’est pas très loin de mes écuries, aussi je peux monter le matin et aider ensuite à l’accueil des clients et surtout à la gestion de cette entreprise. C’est très prenant mais j’aime bien être occupée, alors je suis servie…  

Tu arrives encore à monter à cheval en parallèle ? 

Oui je monte le week end et souvent le matin en fin de matinée. Nous habitons ma sœur et moi sur la propriété et cela me pousse aussi à continuer de monter. Je vois dans les prés devant chez moi tous les chevaux alors on est facilement motivée ! Et puis il y a cette tradition que l’on doit poursuivre. 

Le reportage que j’ai lu sur ma famille et qui date des années 1970 dans l’information hippique sous la signature de Jerome Delcourt (les anciens se souviendront…) se termine par : « Sur le terrain de concours, il y a un style Couperie , reconnaissable, sobre : pas de gestes inutiles, la main suit, sans brutalité. Un style illustré déjà par la génération précédente »… 
L’article date de 1972 déjà il y a 48 ans … alors je crois qu’il est difficile d’arrêter de monter aujourd’hui avec l’héritage laissé par mes aînés .   

Et puis il y a Ravene qui me permets d’avoir toujours de très beaux chevaux à présenter ! 

À bientôt !

Marie

Pour voir la fiche de Marie, ambassadrice Ravene, dans la rubrique “Team”, c’est par ici !


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