UN PEU D’ANATOMIE
L’os naviculaire est un petit os faisant partie de l’articulation inter-phalangienne distale (AIPD). Il a une forme de navette, présentant un corps spongieux traversé par des foramens ou des « trous » permettant de laisser passer les vaisseaux sanguins. Son corps spongieux est recouvert de deux surfaces articulaires en lien avec la deuxième phalange P2, et la troisième phalange P3 dont il stabilise l’articulation. Placé en face palmaire/plantaire/en dessous de l’articulation, il permet de faire coulisser et de démultiplier les forces du tendon fléchisseur profond TFP.
EQUILIBRAGE DU PIED
L’angle que la troisième phalange P3 doit faire avec le sol est un indicateur de la santé et de la performance locomotrice du cheval. On parle généralement d’angle palmaire (pour les antérieurs) ou plantaire (pour les postérieurs). C’est angle est idéal entre +3° et +7°. P3 apparait donc sur une vue radio, avec la pointe plus basse que les processus palmaires.
LE BON PLACEMENT DE P3
Ce qui impacte directement le placement de P3 et les efforts engendrés sur l’os naviculaire, va être la longueur de la pince du cheval et la hauteur des talons. L’état de santé de la fourchette et de la lacune centrale, ainsi que l’état de développement des cartilages ungulaires vont être des éléments tout aussi déterminants. Les chevaux présentant des aplombs avec des paturons bas jointés sont aussi plus sujets aux problèmes de naviculaire.
Lorsque P3 n’est pas correctement placée, cela entraine la plupart du temps des pathologies naviculaires.
On distingue alors 2 formes de pathologie :
- Syndrome naviculaire
- Maladie naviculaire
Ces deux pathologies constituent l’une des causes les plus fréquentes de boiterie chronique chez le cheval
particulièrement sur les antérieurs.
LES TESTS DE DÉCÈLEMENT DES PATHOLOGIES NAVICULAIRE
Il existe plusieurs tests afin de poser un diagnostic. Seuls les vétérinaires sont habilités à le faire. Il y a la pince à sonder sur la zone du naviculaire, le test de flexion, le test de la planche , et enfin la radio en vue skyline permettant de mettre en évidence la surface osseuse de l’os naviculaire.
SYMPTÔMES ET SIGNES D’ALERTE
La pathologie est souvent insidieuse et s’installe doucement. On peut observer l’état de la boîte cornée, la hauteur des talons, le placement de ceux-ci, l’état de la fourchette, le placement et la longueur de la pince. On observera aussi une boiterie intermittente, un engagement réduit, une position au repos pied pointé vers l’avant, sensibilité sur sol mou ou dur, dans les virages, et un trébuchement fréquent.
CAUSE ET FACTEUR DE RISQUE
La conformation de la boite cornée, son équilibrage sont des facteurs directs. Des talons bas, une pince longue, une infection de lacune centrale sont prédéterminant.
Un travail intensif comme des sauts répétés, des figures de spectacles, ou de dressage répétées, un travail sur un sol inadapté seront aussi des facteurs de pathologies. Et enfin la génétique, certaines races sont plus prédisposées par leur conformation et la robustesse de leur tissus (races américaines, pur-sang, SF).
LE SYNDROME NAVICULAIRE
Le cheval est dit en syndrome naviculaire lorsqu’il présente une gêne, une boiterie, qu’il est positif à l’un ou plusieurs tests, mais ne présente pas d’altération au niveau de l’os lors de la radio. Il est alors seulement en état inflammatoire des vaisseaux sanguins traversant l’os. Cela est récent et n’a donc pas encore altéré le corps spongieux de celui-ci. Il est temps d’agir !! Des infections profondes de la fourchette peuvent entrainer cet état, tout comme un mauvais équilibrage du pied lors du parage. Il faut donc traiter rééquilibrer et redévelopper le pied et en général l’arrière du pied. Une stabilisation active est parfois nécessaire, type résine ou fers souples. Le travail du cheval est bien évidemment à adapter.
MALADIE NAVICULAIRE
C’est en général le stade qui suit le syndrome naviculaire si rien n’est fait. Le cheval est boiteux, et positif à l’ensemble des tests. Il présente des lésions osseuses lors des radios de contrôle. On observe alors l’élargissement des foramens. Cet état inflammatoire peut atteindre l’os, mais aussi provoquer une inflammation et une atteinte de la bourse naviculaire qui permet de lubrifier le passage du tendon fléchisseur profond sur l’os (bursite). On peut aussi observer une inflammation ou des lésions sur le TFP. Dans certains cas extrêmes, l’os peut aussi présenter un kyste (trou) important. Les atteintes osseuses ne sont malheureusement pas rattrapables. La douleur peut quant à elle, être diminuée voir complètement gérée. Le pronostic sportif du cheval est en général engagé. Certains chevaux supportent cependant un travail léger après traitement, rééquilibrage et redéveloppement du pied.
TRAITEMENTS
Il existe plusieurs façons de traiter les pathologies naviculaires. En maréchalerie on utilise principalement des ferrages orthopédiques comme les talonnettes, les plaques, silicone, fer à planche et eggbar. Vous pouvez aussi opter pour des protections souples comme le Perfect Hoof Wear PHW ou fers plastiques. Il est aussi possible de laisser le cheval pieds nus s’il le tolère, et venir rééduquer et stimuler le pied avec des padd tel les soles mates ou des padd de rééducation fonctionnelle. Certains cas nécessitent d’avoir recours à la névrectomie (couper les nerfs irriguant les pieds) et une retraite anticipée. Un travail adapté doit être mis en place avec un matériel fitté et des massages pour détendre les contractures musculaires éventuellement mises en place. Il faudra plusieurs mois pour retrouver un cheval sain.
CONCLUSION
Les pathologies naviculaires peuvent être stabilisées avec une prise en charge à temps, une vision globale des soins, une mise en mouvement adaptée, une protection ou non des pieds adaptée à chaque stade de développement, un dépistage précoce par l’ensemble des professionnels intervenant sur le cheval. Si vous avez le moindre doute parlez en avec votre maréchal ou votre podologue et votre vétérinaire.